Ne l’appelez plus « pamplemousse », car son vrai petit nom est « pomélo » ! Et celui qui pousse en Corse est parmi les meilleurs.

Texte Emmanuelle Jary. Photos Jean-François Mallet.

Lorsque vous pressez le matin un gros agrume jaune, vous pensez qu’il s’agit d’un pamplemousse ? Tout faux. C’est un pomélo. Par abus de langage, on se trompe quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent. On aperçoit parfois, sur les étals, des pamplemousses originaires d’Asie, qui ne sont pas de la même espèce. Ils sont presque aussi gros qu’une pastèque et peu juteux. Tout le contraire du pomélo, découvert dans les Caraïbes, à l’époque de Christophe Colomb et que nous consommons couramment en France qu’il soit rose, rouge, blanc, jaune… Si la Floride est le premier pays producteur concurrencé par Israël et l’Afrique du Sud, la France produit d’excellents pomélos sur l’île de Beauté. Ils arrivent en avril et la saison se poursuit jusqu’à fin juin. Le calendrier s’accorde bien avec les autres productions. Le pomélo de Floride s’arrête précisément en avril et la production sud-africaine reprend justement au début de l’été.

En pensant pomélo, vous pensez amertume et acidité ? Eh bien vous n’avez jamais dégusté de vrais bons pomélos. Certes l’acidité n’est pas absente mais elle est équilibrée par d’autres saveurs très agréables propres à ce fruit. La variété corse ne présente normalement pas d’amertume mais en revanche, le pomélo est gorgé de jus, 38 à 40 % dès le mois d’avril. Si les sucres sont présents en début de saison, l’acidité tend à diminuer progressivement.

Pour savourer un bon pomélo, il doit être cueilli à maturité. Voilà tout l’intérêt de consommer français en matière d’agrumes en général et de pomélo en particulier. Vous êtes sûr d’avoir un fruit qui a mûri sur l’arbre. Les pomélos sont à point en avril mais pour des raisons économiques de place et donc de stockage, ils évitent la chambre froide. Où les stocke-t-on donc ? Sur l’arbre. Ils patientent longuement et ils n’en sont bien évidemment que meilleurs. Certes cette méthode fait prendre quelques risques aux producteurs surtout en début de saison si la grêle s’en mêle, mais la qualité est là. Cueillis à maturité donc, au fur et à mesure de la demande, ils sont ensuite expédiés aussitôt pour être consommés. Deux facteurs jouant sur la qualité et qui sont devenus rares de nos jours.

Bientôt une IGP ?

La majorité des pomélos corses est consommée sur l’île et sur le continent. Ils ne partent donc pas bien loin. Pierre-Paul Monteil est producteur à Luciana, sur la côte orientale : « En Corse, nous ne traitons pas les pomélos après la récolte. Nous travaillons à flux tendu pendant toute la saison ; nous cueillons puis nous expédions. » En guise de traitement, les fruits sont simplement lavés et essuyés. On dit « cirés » dans le jargon professionnel puis ils quittent la plantation pour être vendus chez les primeurs ou en grande distribution.

La variété star ruby n’est pas la seule à être produite en Corse mais c’est la seule à être commercialisée. À quoi ressemble un bon pomélo ? Sa pulpe est d’un rouge profond, elle est charnue, exempte de pépins, sa peau est jaune pouvant tendre en partie vers l’orange, comme l’indique le cahier des charges de l’indication géographique protégée (IGP), actuellement en cours d’étude. La France a donné son accord, reste l’Europe qui a le dossier entre les mains. La réponse devrait arriver à l’automne 2014. Si la production d’agrumes et notamment de cédrats est ancienne en Corse, celle du pomélo a fait sont apparition à la fin des années 1970. Sa zone géographique s’étend sur les départements de Haute-Corse et de Corse-du-Sud, où il était traditionnellement cultivé en verger. « La production de pomélos corses est encore marginale et peu connue, l’IGP nous permettrait d’asseoir notre image et de pérenniser le produit », affirme Pierre-Paul Monteil. En attendant la reconnaissance officielle, achetons des pomélos corses, car bien plus que l’étiquette IGP, le soleil corse est la meilleure des garanties de qualité.

Le saviez-vous ?

Le pomélo est le seul agrume qui ne soit pas originaire du continent est-asiatique. Il aurait été découvert en 1750 à Porto Rico ou aux Bahamas. On ignore s’il provient d’une mutation naturelle du pamplemousse ou d’un croisement. Le pomélo est particulièrement riche en vitamine C (37 mg/100 g). Il en contient autant que l’orange mais fournit deux fois moins de sucre. Certains producteurs ont fait le pari du bio comme les Domaines de la Taste.

  1. Bien qu’ils soient de gros calibre, les pomélos poussent en grappes, comme le rappelle leur nom anglais « grapefruit ».
  2. Sa fleur délicate n’est pas sans rappeler celle du vanillier.
  3. Pierre-Paul Monteil, un producteur qui œuvre pour l’obtention d’une appellation géographique protégée.
  4. Ces fruits juste cueillis seront aussitôt expédiés pour préserver leur qualité.
  5. Prêts pour être expédiés.
  6. Magret rôti aux zestes de pomélo, purée de céleri.