Dans la famille des terroirs confidentiels, les vignobles du Forez et de la Côte roannaise ont plus d’un argument pour mériter notre attention.

Au moment de dessiner la carte de la France viticole, les étourdis oublieraient presque de représenter les vignobles du Forez et de la Côte roannaise. Dans un triangle Lyon-Saint-Étienne-Clermont-Ferrand, très loin de l’Anjou ou de Chinon, ils appartiennent pourtant à la grande région de la vallée de la Loire : rien de plus légitime puisque le plus grand fleuve de France coule juste là, au pied des contreforts du Massif central. Ici commence la Loire ! Le vignoble du Forez, ce sont 150 hectares plantés, à peine dix vignerons en caves particulières et une cave coopérative, tandis que la Côte roannaise, elle, est animée par une trentaine de domaines sur quelque 215 hectares. Confettis à l’échelle nationale au regard de leurs modestes mensurations, ces deux vignobles voisins et presque frères, distants d’une trentaine de kilomètres, n’ont-ils pour autant rien à raconter ? Bien au contraire.

De jeunes appellations prometteuses

À mille lieux des autoroutes à touristes, ils ont d’abord le charme des itinéraires bis, la tranquillité de chemins buissonniers tracés dans d’harmonieux paysages aux reliefs tantôt doux, parfois sévères. Disséminées avec parcimonie au gré de coteaux plus ou moins raides et entaillés d’étroites vallées, les vignes s’épanouissent sur des terroirs singuliers – sables et granits, ainsi que des buttes basaltiques d’origine volcanique dans le Forez – mis en valeur et en bouteilles par des producteurs de talent. La teinte dominante ? Le rouge, la principale – sans oublier un peu de rosé – à être prise en compte par les deux AOC côtes-du-forez et côte-roannaise, qui ont vu le jour en 2000 pour la première et 1994 pour la seconde. Ici, le gamay est roi, notamment sa variété nommée gamay de Saint-Romain, idéalement adapté aux conditions pédologiques et climatiques locales. Selon les terroirs, l’âge des vignes ou encore la signature du vigneron, il « accouche » de vins aux passionnantes nuances. La plupart marquée par une fraîcheur et une souplesse agréables, ils peuvent s’inscrire dans la lignée de joyeuses cuvées de soif comme s’inviter au banquet de vins un peu plus charnus, profonds et intenses. De même, le fruit – rouge ! – est loin de s’imposer comme leur unique expression aromatique, leur partition s’ouvrant souvent à plus de complexité avec des parfums floraux, des pointes poivrées, épicées, ou encore des notes fumées pour les vins nés sur les parcelles volcaniques du Forez. Si les deux appellations distinguent aussi des rosés tendres et désaltérants issus de gamay, leurs décrets ne reconnaissent pas d’autres cépages rouges – certains domaines vinifient aussi de la syrah ou du pinot noir par exemple – et ignorent totalement les vins blancs.

Des blancs frondeurs

Et pourtant, nombre de vignerons s’amusent le plus sérieusement du monde à en élaborer, en majorité classés en vins de pays d’Urfé. Ces cuvées blanches ne manquent pas d’intérêt, loin de là, « construites » sur des cépages originaires de la vallée du Rhône comme le viognier, la roussanne ou la marsanne, de la Bourgogne, comme surtout le chardonnay voire l’aligoté, sans oublier le pinot gris. Alors qu’il a parfois tendance à engendrer des vins trop flatteurs, très aromatiques et un peu fatigants, le viognier, par exemple, trouve ici la fraîcheur et la vivacité pour se révéler avec davantage d’élégance, comme le démontrent les excellentes cuvées De Butte en Blanc du Domaine Sérol ou Petite Vertu du Domaine Verdier-Logel. Aussi méconnus soient-ils, les vignobles du Forez et la Côte roannaise réservent donc de délicieuses et d’originales surprises dans les trois couleurs – et même en bulles –, au gré d’une réjouissante diversité. De plus, loin de défrayer la chronique viti-vinicole et de réveiller les instincts spéculatifs, leurs vins restent, sur une fourchette de cinq à quinze euros environ, dans les clous de rapports qualité-prix assez épatants. Un argument de plus pour s’intéresser de près à ces deux vignobles qui font preuve d’un grand dynamisme qualitatif. Par ailleurs, le nombre de propriétés et d’hectares menés en bio, est bien supérieur à la moyenne nationale. De quoi parier sur un avenir prometteur d’autant que, au lieu de se livrer à une concurrence contre-productive, Forez et Côte roannaise ont l’intelligence d’allier leurs forces pour se faire connaître des cavistes, des sommeliers et du grand public.

  1. Jacky Logel de la Cave Verdier-Logel.
  2. Gilles Bonnefoy, du Domaine La Madone, retire des feuilles autour des grappes en formation.
  3. Stéphane Sérol.
  4. Éric Désormière perpétue avec soin la tradition familiale.
  5. Stéphanie Sérol.
  6. Romain Payre du Domaine des Pothiers laboure au pied de ses vignes.

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