Le co-fondateur du guide Gault & Millau s’est éteint aujourd’hui à 89 ans. Retour sur celui qui a mis en mots et en lumière la Nouvelle Cuisine.

« Christian Millau : la plume et la fourchette. Un géant de la gastronomie vient de nous quitter. Merci Christian pour ce que tu nous as apporté : la nouvelle cuisine, une plume impertinente, une fourchette toujours juste, l’esprit de découverte, la révélation des plus grands chefs, Michel Guérard, Joël Robuchon…. Merci pour ce que tu m’as transmis, Gault & Millau est en deuil, ton œuvre continue ! » Par ces mots plein d’émotion, Côme de Chérisey, l’actuel directeur général de Gault & Millau, a annoncé sur Facebook le décès de celui qui fonda le fameux guide gastronomique en 1972 avec feu son ami Henri Gault.

Nommer le renouveau

D’abord magazine mensuel, l’ouvrage s’est changé rapidement en un guide qui fait toujours référence et qui a accompagné le monde de la gastronomie dans la dernière de ses grandes transformations. En 1973, les deux critiques ont mis un nom sur une évolution conséquente de la cuisine, un respect accentué du produit, des recettes allégées, des sauces moins présentes : la Nouvelle cuisine. Ce faisant, ils ont également mis à jour des chefs qui débutaient et sont devenus des références incontournables. On peut citer par exemple les frères Troigros, Alain Senderens, Alain Chapel mais aussi Paul Bocuse et Gérard Vié. Les jeunes chefs d’aujourd’hui pourraient encore pour la plupart signer les 10 commandements de la Nouvelle Cuisine que les deux comparses avaient alors rédigés. « Tu ne cuiras pas trop. Tu utiliseras des produits frais et de qualité. Tu allègeras ta carte. Tu n’ignoreras pas la diététique… » Autant d’injonctions dont la modernité saute aux yeux.

Le goût des lettres

Au-delà de sa carrière de critique gastronomique qui l’a rendu célèbre, Christian Millau était un homme de lettres, journaliste et écrivain qui a écrit plusieurs ouvrages dont certains ont été primés. Après un passage au Monde, il a participé à la revue Opéra de Roger Nimier où il rencontra des écrivains comme Antoine Blondin ou Michel Déon qui l’influencèrent beaucoup. La plume était alors aiguisée, il s’empara avec vigueur de la fourchette, pour ne la plus lâcher !

 

Théo Torrecillas

Photo en Une : crédit Éditions du Rocher